6195. Dotations d’exploitation aux provisions pour risques et charges
Ce compte est débité des dotations (dotations courantes) d’exploitation aux provisions par le crédit des comptes intéressés de la rubrique 15 – « Provisions durables pour risques et charges » ou 45 – « Autres provisions pour risques et charges ».
1. Explication
Qu’est-ce que ce compte ?
Le compte 6195 « Dotations d’exploitation aux provisions pour risques et charges » est utilisé pour enregistrer une charge probable liée à l’exploitation, mais dont le montant ou la date de survenance n’est pas encore fixé avec certitude.
La différence fondamentale :
- Les comptes 6191 à 6194 concernent la baisse de valeur d’un élément de l’ACTIF (une machine qui s’use, un client qui ne paie pas, un terrain qui perd de la valeur).
- Le compte 6195 concerne une augmentation du PASSIF (une dette potentielle qui est en train de naître). L’entreprise s’attend à devoir payer de l’argent dans le futur pour un risque né durant l’année en cours.
Quand l’utilise-t-on ?
On utilise ce compte lors des travaux d’inventaire lorsqu’il existe un risque identifié :
- Litiges : Procès avec un salarié (prud’hommes), un fournisseur ou un client.
- Garanties données aux clients : Estimation des coûts de réparation pour les produits vendus sous garantie.
- Amendes et pénalités : Si l’entreprise s’attend à recevoir une amende (fiscale ou sociale) suite à un contrôle.
La contrepartie (Le compte crédité) :
- Si le risque est à long terme (plus d’un an) : On crédite la Rubrique 15 (ex: 1511 Provisions pour litiges).
- Si le risque est à court terme (moins d’un an) : On crédite la Rubrique 45 (ex: 4501 Provisions pour litiges).
2. Exemple
Prenons l’exemple de l’entreprise « LOGISTIC-MAROC », spécialisée dans le transport.
La situation (Le Risque) :
En septembre 2024, l’entreprise a licencié un chauffeur pour faute grave. Le chauffeur conteste ce licenciement et porte plainte contre l’entreprise au tribunal.
Au 31 décembre 2024 (date d’inventaire), le procès n’a pas encore eu lieu. Cependant, l’avocat de l’entreprise informe la direction : « Il est très probable que nous perdions ce procès. Préparez-vous à devoir verser environ 60 000 DH d’indemnités l’année prochaine. »
Analyse comptable :
- Il y a une charge probable (indemnité).
- Elle trouve son origine dans l’exercice 2024 (le licenciement).
- Le montant est estimé (60 000 DH) mais pas encore facturé ou jugé.
- C’est un risque « durable » (le temps que la justice tranche, cela peut prendre du temps, mais supposons ici qu’on le classe en risque durable rubrique 15 par prudence, ou rubrique 45 si le jugement est imminent. Prenons la rubrique 15 pour l’exemple classique).
L’écriture comptable au 31/12/2024 :
| N° Compte | Libellé du compte | Débit (DH) | Crédit (DH) |
| 6195 | D.E. aux provisions pour risques et charges | 60 000 | |
| 1511 | Provisions pour litiges | 60 000 | |
| Libellé : Litige prud’hommes chauffeur X |
Impact de cette écriture :
- Au CPC (Compte de Résultat) : L’entreprise enregistre une charge de 60 000 DH en 2024. Son bénéfice baisse. Cela permet de « mettre de côté » ce montant comptablement pour ne pas distribuer de dividendes fictifs alors qu’une dette arrive.
- Au Bilan (Passif) : Une nouvelle dette (Provision) apparaît au passif pour 60 000 DH. Cela prévient les lecteurs du bilan qu’il y a une épée de Damoclès au-dessus de l’entreprise.
Dénouement (Année suivante) :
Si en 2025 le jugement tombe et que l’entreprise doit payer 55 000 DH :
- On annule la provision (Reprise sur provision – Compte 7195).
- On enregistre la vraie charge (Indemnités et dommages – Compte 6176) pour le montant réel payé.