1710. Augmentation des créances immobilisées
Principes et définition : La conversion et la comptabilisation des créances immobilisées libellées en devises se font sur la base du dernier cours de change connu. Les comptes de conversion sont des comptes transitoires (ou d’ordre) qui enregistrent les écarts de conversion en attente de régularisation. Ils sont utilisés à la clôture de l’exercice et soldés à l’ouverture de l’exercice suivant.
Fonctionnement des comptes :
La différence de conversion correspondant à un gain de change, et dans la mesure où elle concerne des éléments stables du bilan, est enregistrée dans ce compte.
Aspect fiscal :
Il en résulte que les profits latents de change sont donc à réintégrer au résultat fiscal de façon extracomptable et les pertes latentes de change sont déductibles du résultat fiscal.
En cas d’existence d’écart de conversion passif, l’entreprise est donc tenue de réintégrer, de façon extracomptable, ce profit de change latent dans son résultat fiscal.
Le compte 1710 « Augmentation des créances immobilisées » est un compte spécifique de la comptabilité marocaine qui gère les écarts de conversion positifs (gains latents de change) sur les créances immobilisées (prêts, dépôts et cautionnements versés, titres immobilisés de l’activité de portefeuille, etc.) libellées en devises étrangères.
Principes et Définition :
Lorsque l’entreprise détient des créances immobilisées libellées en devises, la valeur de ces créances en dirhams peut fluctuer en fonction du cours de change entre la date d’enregistrement initial et la date de clôture de l’exercice.
- Conversion à la clôture : À chaque clôture d’exercice, toutes les créances et dettes en devises doivent être réévaluées au dernier cours de change connu (le cours du jour de la clôture).
- Écarts de conversion : La différence entre la valeur comptable initiale (ou la valeur à la clôture précédente) et la nouvelle valeur à la clôture de l’exercice est un écart de conversion.
- Gains latents (plus-values) : Si la valeur de la créance en dirhams augmente (par exemple, si la devise étrangère s’apprécie par rapport au dirham), c’est un gain latent.
- Pertes latentes (moins-values) : Si la valeur de la créance en dirhams diminue, c’est une perte latente.
Le rôle du compte 1710 :
Le compte 1710 est spécifiquement destiné à enregistrer les gains latents de change sur les créances immobilisées. C’est un compte de passif (créditeur), ce qui signifie qu’il augmente la valeur du passif du bilan. Il reflète une augmentation de la valeur en dirhams de la créance immobilisée.
Fonctionnement des comptes (focus sur le gain de change) :
Si à la clôture de l’exercice, la réévaluation d’une créance immobilisée en devises génère un gain de change, ce gain est enregistré au crédit du compte 1710. En contrepartie, la créance immobilisée elle-même est débitée pour refléter son augmentation de valeur.
Pourquoi « comptes transitoires ou d’ordre » ?
Ces comptes sont dits transitoires car leur solde est annulé à l’ouverture de l’exercice suivant par une écriture d’extourne (contre-passation). Cela signifie que le gain ou la perte latent n’est pas définitivement acquis ou subi tant que la créance n’est pas soldée ou que la devise n’est pas convertie.
Aspect Fiscal :
C’est là que la spécificité marocaine (et d’autres pays) se manifeste fortement :
- Profits latents de change (compte 1710) : Les gains latents de change sont non imposables au titre de l’exercice de leur constatation comptable. Par conséquent, l’entreprise doit réintégrer ce profit dans le résultat fiscal de manière extracomptable (sur la liasse fiscale) pour le neutraliser.
- Pertes latentes de change (compte symétrique 3710 « Diminution des créances immobilisées ») : Les pertes latentes de change sont déductibles du résultat fiscal. L’entreprise peut donc les déduire de manière extracomptable.
Cette règle fiscale vise à ne pas impacter le résultat imposable tant que le gain ou la perte de change n’est pas réalisé (par le règlement de la créance).
Exemple :
Imaginons une entreprise marocaine, « ATLAS Invest », qui a consenti un prêt de 100 000 USD à une filiale étrangère le 1er juillet N.
- Cours de change au 01/07/N : 1 USD = 9,50 DH
- Cours de change au 31/12/N (clôture) : 1 USD = 9,80 DH
Écriture lors de l’octroi du prêt (01/07/N) :
| Date | N° Compte | Libellé | Débit (DH) | Crédit (DH) |
| 01/07/N | 2410 | Prêts immobilisés | 950 000 | |
| 5141 | Banque | 950 000 | ||
| Libellé : Octroi prêt de 100 000 USD à filiale (100 000 x 9,50) |
Calcul de l’écart de conversion au 31/12/N :
- Valeur du prêt au 01/07/N : 100 000 USD * 9,50 DH/USD = 950 000 DH
- Valeur du prêt au 31/12/N : 100 000 USD * 9,80 DH/USD = 980 000 DH
- Écart de conversion (gain latent) : 980 000 – 950 000 = +30 000 DH
Écriture comptable au 31/12/N (Constatation du gain latent de change) :
| Date | N° Compte | Libellé | Débit (DH) | Crédit (DH) |
| 31/12/N | 2410 | Prêts immobilisés | 30 000 | |
| 1710 | Augmentation des créances immobilisées | 30 000 | ||
| Libellé : Enregistrement du gain latent de change sur prêt en USD |
Après cette écriture, la valeur du prêt immobilisé au bilan sera de 980 000 DH. Le compte 1710 affichera un solde créditeur de 30 000 DH.
Aspect Fiscal au 31/12/N :
Puisque c’est un gain latent, ATLAS Invest devra réintégrer les 30 000 DH au résultat fiscal sur sa déclaration fiscale, de sorte que ce gain n’impacte pas le calcul de l’IS de l’exercice N.
À l’ouverture de l’exercice N+1 (01/01/N+1) :
Le compte 1710 est soldé par une écriture d’extourne (contre-passation).
| Date | N° Compte | Libellé | Débit (DH) | Crédit (DH) |
| 01/01/N+1 | 1710 | Augmentation des créances immobilisées | 30 000 | |
| 2410 | Prêts immobilisés | 30 000 | ||
| Libellé : Extourne du gain latent de change sur prêt en USD |
Après l’extourne, la valeur du prêt immobilisé redevient 950 000 DH (sa valeur avant la réévaluation de clôture), et le compte 1710 est à zéro. Les nouvelles fluctuations de change de N+1 seront gérées par de nouvelles écritures à la clôture de N+1.
Importance :
Ce mécanisme est crucial pour :
- Respecter le principe de prudence : Ne pas distribuer un gain qui n’est pas encore réalisé.
- Fournir une image fidèle : Montrer la valeur des créances/dettes en devises au cours du jour.
- Appliquer la réglementation fiscale : Gérer l’imposition des gains et la déduction des pertes de change uniquement lorsqu’ils sont réalisés.